Dans sa note, l’Ă©diteur prĂ©sente Paul-Claude Racamier comme Ă©tant « le premier Ă  avoir dĂ©crit en 1987 le fonctionnement de cette pathologie parente de la perversité » (p.7). Elle serait « une stratĂ©gie de dĂ©fense » (p.8) face Ă  une douleur. Son caractère destructeur n’apparaĂ®t que lorsque cette pathologie s’installe et s’organise, devenant une manière de vivre sa relation Ă  l’autre. Dans son ouvrage, Paul-Claude Racamier ne parle pas de la perversion sexuelle telle que dĂ©crite par Freud, mais de la perversion narcissique.

Les perversions narcissiques Paul-Claude Racamier

Deux mouvements de la perversion narcissique

Le psychanalyste distingue deux mouvements de la perversion narcissique : un premier mouvement qu’il appelle le soulèvement perversif,

« se produisant sous le coup de la dĂ©tresse narcissique d’un moi sur le point de se perdre, ou de la dĂ©tresse libidinale d’un sujet endeuillĂ© d’avoir perdu ce qu’il aime » (p.13).

Le deuxième mouvement est celui oĂą la perversion narcissique s’installe et s’organise, sous deux conditions personnelles (de fond) et situationnelle (de rencontre). Ces deux conditions, ces deux forces motrices du mouvement pervers sont

« un fort reliquat d’une sĂ©duction narcissique jamais vraiment estompĂ©e, mais au contraire toujours active, et une nĂ©cessitĂ© dĂ©fensive puissante et spĂ©cifiquement organisĂ©e » (p.15).

Le dĂ©sir de plaire s’associe Ă  une dĂ©fense spĂ©cifique qui, travaillant au service du narcissisme, refuse tout processus de deuil ou de conflit interne. Ce processus est soumis au dĂ©ni et est projetĂ© chez l’autre qui sera traitĂ© comme un ustensile et permettra au pervers narcissique de se survaloriser tout en dĂ©valorisant l’autre.

« Dans une première approche, la perversion narcissique se caractĂ©rise, pour un individu, par le besoin et le plaisir prĂ©valants de se faire valoir soi-mĂŞme aux dĂ©pens d’autrui » (p.22).

Trois degrés de la perversion narcissique

Paul-Claude Racamier distingue trois degrĂ©s de perversions narcissiques : un premier degrĂ© qui est celui de tout le monde et qui offre un caractère universel ; un deuxième est ce qu’il a appelĂ© le soulèvement perversif et consiste Ă  se dĂ©fendre

d' »une situation conflictuelle, douloureuse ou dépressivante » (p.25) ;

un troisième qui est celui des organisations perverses narcissiques.

À ces trois degrés correspondent trois destins.

« Le courant pervers universel est destinĂ© Ă  se fondre dans l’organisation plĂ©nière de la relation d’objet ; ce n’est qu’incidemment qu’il peut refaire surface. Les phases ou formations perverses, toutes proches encore de la psychose ou de la dĂ©pression qu’elles visent Ă  Ă©viter, sont sans doute celles oĂą le mouvement pervers – mĂŞme incomplètement achevĂ© – s’aperçoit le mieux. Les organisations perverses sont Ă©videmment, dans leur genre, les plus accomplies. rien d’Ă©tonnant, dès lors, Ă  ce que l’on cherche Ă  saisir la perversion dans son aboutissement » (p.26).

Deux versions de la perversion narcissique

Par ailleurs, le psychanalyste distingue deux versions de la perversion narcissique : une agressive,

« plus proche de la paranoïa et de la psychose passionnelle » (p.26)

qui s’observe principalement chez les femmes ; une plus avantageuse,

« proche du narcissisme glorieux » (p.26)

qui se retrouve davantage chez les hommes.

L’origine de la perversion narcissique se trouve dans la mĂ©galomanie infantile et primitive, la toute puissance de l’enfant et dans la sĂ©duction narcissique. Ce que le pervers garde de cette pĂ©riode infantile, c’est d’une part la conviction de remplacer le père auprès de la mère, autant en pensĂ©e qu’en fait, d’autre part la certitude de l’immunitĂ© conflictuelle grâce Ă  la sĂ©duction narcissique.

Paul-Claude Racamier

Comment reconnaître le pervers narcissique ?

À quoi reconnaît-on le pervers narcissique ?

« Le pervers narcissique est un narcissique en ce qu’il entend ne rien devoir Ă  personne ; et c’est un pervers en ce qu’il entend faire activement payer par autrui le prix de l’enflure narcissique et de l’immunitĂ© conflictuelle auxquelles il prĂ©tend » (p.30).

Le pervers est dans l’incapacitĂ© de s’excuser ou de remercier, si certains le font c’est sans authenticitĂ©.

Le pervers n’a pas conscience du caractère pervers de ses conduites. Il agit par opportunisme : si sa proie devine sa vĂ©ritable nature, il va dĂ©crocher. Il est très rĂ©aliste, mais la rĂ©alitĂ© de l’autre n’a pas d’importance Ă  ses yeux. Il n’a pas de fantasmes, il se contente d’agir, il fait mais il pense peu. Ses techniques sont celles de l’intimidation et de la disqualification (imposition de dilemmes insolubles, les contraintes paradoxales, de

« dĂ©saveu actif de la valeur et de la pertinence de la pensĂ©e et de la perception d’autrui » (P34)).

Ce qui caractĂ©rise le plus le pervers, c’est le fait que la jouissance narcissique perverse se dĂ©roule en deux temps :

« une disqualification première met le moi de l’autre dans l’embarras : premier de temps de la jouissance perverse. La proie trĂ©buche. son embarras est alors complĂ©tĂ© par une disqualification subsĂ©quente, et c’est le deuxième temps de la jouissance. Il n’est pas de perversitĂ© sans ce dĂ©doublement » (p.35)

Le mouvement narcissique pervers permet l’immunitĂ© conflictuelle ainsi que l’immunitĂ© objectale.

« Le pervers narcissique obĂ©it Ă  deux impĂ©ratifs : ne jamais dĂ©pendre d’un objet ; ne jamais se sentir infĂ©rieur » (p.36).

si le pervers a un objet, il s’agit d’un objet « ustensilaire » (p.36), interchangeable, une proie et un public : c’est un objet-non-objet.

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Bilan et projets

Si la vĂ©ritĂ© n’a aucune importance pour le pervers narcissique, il y a en revanche chez lui un surinvestissement de la parole, c’est son instrument.

Quand la perversion est empĂŞchĂ©e dans l’agir, elle s’exerce dans la pensĂ©e. Le pervers n’a que faire de la vĂ©ritĂ©.

« La pensĂ©e perverse exerce autour d’elle un vĂ©ritable dĂ©tournement d’intelligence. […] habile Ă  disjoindre, mais parfaitement Ă©quipĂ©e pour essaimer, est spĂ©cialisĂ©e dans la transmission de non-pensĂ©e » (p.47).

« La pensĂ©e perverse est une pensĂ©e crĂ©ativement nulle et socialement dangereuse. Elle peut ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme le modèle de l’antipensĂ©e » (p.48).

Le noyau pervers

Dans le deuxième chapitre, Paul-claude Racamier s’intĂ©resse au noyau pervers, dans le groupe ou la famille, noyau qui se forme Ă  partir de deux individus.

« en groupe ou en famille, le noyau pervers constitue une configuration dynamique organisée, active et durable. Son caractère pervers se définit à la fois par les personnalités qui le composent et par un mode de fonctionnement, lui-même caractérisé par le secret et la prédation ; la transgression des règles communes et le discrédit de la vérité » (p.86).

Afin de déterminer si un noyau, de groupe ou de famille, est pervers, il faut observer

« sa composition, ses visées, ses moyens et ses effets » (p.89).

Le noyau s’Ă©labore, se construit, se structure au sein d’un groupe dĂ©jĂ  constituĂ©. Il suffit de deux Ă  trois personnes et d’un milieu.

« Le noyau pervers va du petit groupe de pression qui parasite une entreprise ou un organisme de soins jusqu’Ă  l’agglomĂ©rat rassemblĂ© autour d’un tyran pour asservir son peuple en lui faisant miroiter la gloire et faire la guerre » (p.90).

Ce noyau n’existe que dans la durĂ©e qui nĂ©cessite le secret et le caractère indiscernable des rĂ´les de chacun. Par ailleurs, le milieu doit se prĂŞter au parasitage de ce noyau.

« Le noyau pervers ne peut-il prendre pied que sous les dehors du banal, de l’ordinaire et de l’identique : il doit tout faire pour passer d’abord inaperçu, pour se fondre dans l’ensemble » (p.119).

Le noyau, une fois installé, implanté, va avoir un double effet : attirer et rejeter.

« Un noyau pervers a besoin d’adeptes Ă  recruter, et d’exclus Ă  bafouer ; il sĂ©duit les uns, qu’il endoctrine avec des bribes d’idĂ©es rudimentaires ; il discrĂ©dite les autres, avec des moyens d’humiliation perfectionnĂ©s » (p.93).

  • un adversaire tant redoutable que flou ;
  • leur permanence qui assoie leur justesse ;
  • leur caractère ni vĂ©rifiable ni dĂ©montable ;
  • leur absence de complexitĂ©.

« Tous ces traits se réduisent à trois conditions, mais essentielles :
1. que le « support » intellectuel soit nul ou proche du degrĂ© zĂ©ro d’intelligence ;
2. qu’il s’appuie sur des ressorts projectifs rĂ©pandus (comme la peur du patron, ou la haine de l’Ă©tranger) ;
3. qu’il Ă©chappe au risque du dĂ©menti » (p.95)

Dans son action centrifuge, le noyau pervers va

« discréditer les rebelles : petites et grandes vexations, petites et grandes privations, toujours exercées sous le manteau, et toujours blessantes ; allégations discréditives de toutes sortes » (p.98).

Le noyau pervers exclu mais très subtilement et pas totalement.

« C’est ainsi qu’auprès du noyau l’entourage est en position d’objet nĂ©cessaire-exclu : exclu comme objet proprement dit, mais nĂ©cessaire comme dĂ©potoir, bouche-trou, complĂ©ment de dĂ©fense et faire-valoir » (p.104).

C’est un objet discrĂ©ditĂ©, ou ce que Paul-Claude Racamier appelle un objet-non-objet.

Quelles sont les fins du noyau pervers ? Dominer, abaisser, anĂ©antir la crĂ©ation. C’est l’envie qui est Ă  l’origine du noyau pervers.

L’ouvrage de Paul-Claude Racamier est assez facile Ă  lire, très clair et très accessible Ă  tous ceux qui souhaitent connaĂ®tre les mĂ©canismes des perversions narcissiques et le profil du pervers narcissique. Il permet de mieux cerner cette pathologie incurable, d’Ă©viter les pervers narcissiques ou de les faire sortir de sa vie s’ils ont rĂ©ussi Ă  y entrer. Vous pouvez complĂ©ter cette lecture avec celle de l’ouvrage d’Elisabeth Roudinesco « La part obscure de nous-mĂŞmes- Une histoire du pervers » dont je vous propose une recension ici.

Visitez Amazon afin d’acheter le livre de Paul-Claude Racamier
« Les perversions narcissiques »

Vous avez aimé, vous êtes libre de partager

Laisser un commentaire