La psychanalyse repose sur une dynamique paradoxale : le patient vient consulter avec le désir de changer, d’aller mieux, de comprendre ce qui l’entrave, mais, en même temps, il oppose des résistances à ce changement. Ce phénomène, appelé « résistance », est au cœur du travail analytique. Il s’agit d’un mécanisme défensif inconscient qui freine la progression de l’analyse et empêche l’accès à certaines vérités psychiques.

Pourquoi ces résistances surgissent-elles ? Comment se manifestent-elles ? Et surtout, comment le psychanalyste peut-il les déjouer sans les briser violemment ? Cet article explore l’art subtil de ne pas changer et la manière dont la psychanalyse accompagne ce paradoxe.

Qu’est-ce que la résistance en psychanalyse ?

La résistance en psychanalyse désigne “l’ensemble des réactions d’un analysant dont les manifestations, dans le cadre de la cure, font obstacle au déroulement de l’analyse” 

Sigmund Freud fut le premier à décrire les résistances en analyse. Selon lui, la résistance est une force interne qui empêche l’accès à l’inconscient. Le patient ne s’oppose pas volontairement à l’analyse, mais il déploie des stratégies inconscientes pour éviter d’affronter des contenus psychiques douloureux.

Initialement, dans sa pratique de l’hypnose, Freud considérait les résistances comme un obstacle infranchissable, qui empêchait la cure d’aboutir. Il tentait alors de les contourner en imposant des suggestions directes aux patients. Cependant, avec l’évolution de sa pratique et l’abandon de l’hypnose au profit de la libre association, Freud a reconnu que les résistances pouvaient être interprétées et donc surmontées. Elles sont devenues non plus un obstacle insurmontable, mais un matériau précieux pour le travail analytique, révélant les conflits inconscients du sujet.

Les résistances sont donc inévitablement liées à la dynamique transférentielle : elles apparaissent souvent lorsque l’analyse touche à des points névralgiques de l’histoire du sujet. Freud distinguait plusieurs types de résistances, que nous allons explorer plus en détail.

Différentes formes de résistances

Les différentes formes de résistance

La résistance du moi

Le moi cherche à préserver son équilibre en évitant l’émergence d’émotions ou de souvenirs trop angoissants. Cette résistance se manifeste par un refus d’introspection, des rationalisations excessives ou un manque d’investissement dans l’analyse.

  1. Le refoulement : Mécanisme de défense central, le refoulement empêche certains contenus psychiques d’accéder à la conscience. Ce processus permet au moi de se protéger de pensées ou souvenirs trop douloureux.
  2. La résistance au transfert : Certains patients refusent d’investir la relation analytique, évitant ainsi que le transfert ne réactive des conflits inconscients.
  3. Les bénéfices secondaires : Certaines souffrances psychiques apportent paradoxalement des avantages inconscients, comme une forme de reconnaissance ou d’attention.

La résistance du ça : la compulsion de répétition

Le ça, réservoir des pulsions inconscientes, manifeste sa résistance à travers la compulsion de répétition. Le sujet rejoue inconsciemment des scénarios douloureux, parfois autodestructeurs, reproduisant des schémas anciens sans en comprendre l’origine. Cette résistance est particulièrement difficile à dépasser, car elle semble aller à l’encontre du principe de plaisir.

La résistance du surmoi : culpabilité inconsciente et besoin de punition

Le surmoi, instance critique et morale, génère une résistance sous forme de culpabilité inconsciente et de besoin de punition. Certains patients ressentent un profond sentiment de culpabilité à l’idée d’aller mieux, comme s’ils trahissaient une dette symbolique envers leur famille ou leur passé. Cette résistance peut conduire à l’auto-sabotage ou à un blocage du processus analytique.

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La résistance transférentielle

Lorsqu’un patient projette sur l’analyste des sentiments issus de son histoire infantile, il peut s’attacher à maintenir une relation figée, bloquant ainsi l’analyse. Par exemple, un patient qui idéalise l’analyste pourrait refuser d’aborder des sujets conflictuels par peur de perdre son approbation.

Comment se manifestent les résistances ?

Les résistances prennent de nombreuses formes, souvent subtiles. Voici quelques manifestations courantes :

  • Les silences prolongés : certains patients se murent dans le silence pour éviter d’aborder certains sujets sensibles.
  • Les oublis : ne pas se souvenir d’un rêve, d’une séance ou d’un événement clé peut traduire une résistance inconsciente.
  • Le retard ou l’absentéisme : manquer des séances est une manière d’échapper à un travail analytique trop confrontant.
  • La banalisation : minimiser un contenu signifiant empêche d’en saisir la portée.
  • Le passage à l’acte : certains patients interrompent leur analyse brutalement, incapables de tolérer l’angoisse du changement.
pourquoi les résistances ?

Pourquoi les résistances ?

Si le changement est tant souhaité, pourquoi lui oppose-t-on tant de résistances ? Plusieurs raisons psychiques profondes l’expliquent :

  • La peur de l’inconnu : même si une situation est source de souffrance, elle reste familière. Changer implique une incertitude qui peut être angoissante.
  • Le bénéfice secondaire des symptômes : certaines souffrances psychiques procurent, paradoxalement, des avantages inconscients (attirer l’attention, éviter certaines responsabilités, etc.).
  • La loyauté familiale : parfois, guérir reviendrait à trahir des schémas familiaux intériorisés.
  • Le masochisme psychique : certains sujets développent une relation paradoxale à la souffrance, la percevant comme une punition nécessaire ou un mode d’existence.

Travailler avec la résistance : un art subtil

L’analyste ne cherche pas à forcer le patient à dépasser ses résistances par la confrontation directe. Une telle approche risquerait de renforcer la défense du patient. Au contraire, le psychanalyste travaille avec la résistance, en adoptant une posture de neutralité bienveillante.

Voici quelques stratégies utilisées en psychanalyse :

  • Interprétation des résistances : mettre en mots ce qui se joue derrière une résistance permet au patient d’en prendre conscience.
  • Usage du transfert : comprendre comment les résistances se rejouent dans la relation à l’analyste aide à les dépasser.
  • Respect du rythme du patient : le changement ne peut être imposé. L’analyste accompagne le patient dans son propre cheminement.
  • Humour et détour : parfois, une pointe d’humour ou une approche détournée permettent d’alléger une résistance et de rendre le matériel plus accessible.

La résistance en analyse n’est pas un simple obstacle à contourner, mais un élément essentiel du processus thérapeutique. Elle est le reflet des conflits internes du patient et offre une opportunité précieuse de les comprendre. Travailler avec la résistance demande à l’analyste finesse, patience et une écoute attentive du rythme du sujet.

L’art subtil de ne pas changer révèle ainsi un paradoxe fondamental : c’est en acceptant la résistance que l’on peut, petit à petit, permettre au changement d’advenir.

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