Moïra – Julien Green

Contrairement à ce à quoi le lecteur peut s’attendre, Moïra n’est pas le personnage principal de ce roman écrit par Julien Green et paru en 1950. Moïra est le personnage central, le point d’équilibre sur lequel repose la trame, celui par lequel l’histoire bascule, les valeurs se renversent.

C’est Joseph Day qui occupe toute l’attention du lecteur, qui le préoccupe. Ce jeune étudiant qui n’a pour prisme que le protestantisme le plus rigoureux, le plus intolérant, le plus inhibant, se retrouve seul face aux autres, au monde, à lui-même et à ces tentations charnelles qu’offrent la liberté estudiantine.

Fraîchement arrivé à l’université, Joseph va trouver en David, un jeune étudiant qui se destine à la religion et dont la vie est réglée dans les moindres détails, un confident, un gardien de sa conscience morale. David sera son guide et son protecteur face aux tentations incessantes que sont le tabac, l’alcool, les femmes. Mais si David a une vision éclairée du protestantisme, Joseph, lui, se débat avec l’éducation puritaine et austère qu’il a reçue, et oscille entre deux absolus : la rigueur de la foi et le doute. Ces deux absolus le conduiront à la catastrophe, au point de déséquilibre et de chute.

Dès le début, Joseph est confronté à la tentation la plus forte, celle de ses désirs qui n’écoutent que son corps et non plus sa conscience que dominent la morale, la religion, le puritanisme. Cette tentation s’incarne dans le personnage de Moïra, fille adoptive de sa logeuse. Moïra, c’est d’abord un porte-cigarettes, un lit, puis un fantasme, ensuite la vulgarité, enfin la féminité, la sexualité. Moïra sera ce sacrifice de l’émancipation, celui aussi de la possibilité d’un amour salvateur autant pour Moïra elle-même qui se perd dans les excès de liberté, que pour Joseph qui s’engouffre dans la violence.

Joseph, écartelé entre le bien et le mal, clivage imprimé physiquement sur son être, sa peau blanche et pure le rapprochant des anges tandis que sa chevelure d’un roux flamboyant renvoie l’image d’un diable colérique, n’a d’autre issue que la paranoïa qui le mènera à sa perte.

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